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Verisure - Le juteux business de la peur

On n’est pas loin du braquage à grande échelle ! En quelques années seulement, Verisure a fait main basse sur une grande partie du marché de la télésurveillance. Avec plus de 1 million de clients en France, soit 4 fois plus qu’il y a 10 ans, le groupe est devenu le numéro 1 de la protection du domicile, dans l’Hexagone comme en Europe.

Du côté de ses finances aussi, tout va très bien. Sa croissance insolente, de l’ordre de 13 % par an, lui a permis, en 2024, de générer un chiffre d’affaires de 3,6 milliards d’euros, soit trois fois plus qu’une décennie auparavant.

Ce succès, Verisure le doit à son modèle, parfaitement huilé, et notamment à l’un de ses piliers : l’abonnement. Car si chaque nouveau client acquiert le matériel (les caméras, les détecteurs de mouvement, les capteurs d’ouverture de porte, etc.), il s’engage surtout à payer chaque mois plusieurs dizaines d’euros afin de bénéficier de la surveillance de son logement et de l’intervention d’un agent, à distance ou sur place, en cas de détection d’une intrusion.

Or, ces forfaits rapportent gros à Verisure. Selon son dernier rapport annuel, le panier moyen pour ces prestations s’élèverait à 45,60 € par mois, sur lesquels Verisure gagnerait pas moins de 33,10 €, soit une marge opérationnelle de plus de 70 %. Un chiffre fou qui, selon Grégoire Charroyer, expert en création d’entreprise, fait de Verisure l’une des firmes « les plus rentables d’Europe ».

L’autre point fort de cette société, c’est son taux de rétention, autrement dit sa capacité à garder ses clients le plus longtemps possible. En 2024, seuls 7,4 % d’entre eux ont mis un terme à leur contrat, un pourcentage très faible comparé à d’autres services fonctionnant sur abonnement. Surtout, ils resteraient extrêmement longtemps : 15 ans, en moyenne ! Cette longévité hors norme s’explique, bien sûr, par le fait que les consommateurs ont intrinsèquement des réticences à abandonner un prestataire pour un autre, et d’autant plus quand ce changement touche à un sujet sensible comme la sécurité de la famille.

Un budget marketing gigantesque

Verisure est allé encore plus loin en instaurant des processus destinés à fidéliser ses clients. Le premier consiste à vendre son matériel – contrairement à la plupart des autres entreprises du secteur qui, elles, le louent. Conséquence ? Une personne souhaitant quitter Verisure se retrouve avec un équipement quasiment inutilisable sur les bras, qu’elle aura elle-même à désinstaller et dont elle devra se débarrasser.

De quoi réfléchir à deux fois avant de passer à l’acte. Le deuxième levier, c’est une puissante stratégie de rétention. Dès qu’un consommateur montre des velléités de départ, un téléopérateur le contacte afin de le retenir, le plus souvent en lui accordant un rabais. La démarche est d’ailleurs tellement intégrée que certains particuliers n’hésitent pas à envoyer régulièrement à Verisure une demande de résiliation dans l’unique but de se voir octroyer une ristourne.

Au-delà de la fidélisation, Verisure affiche de grandes ambitions en matière de recrutement de nouveaux clients. Sur ce plan-là également, le leader des sociétés de télésurveillance se démarque de ses rivaux. D’une part, en consacrant au marketing un budget gigantesque. Publicités, partenariats, contenus sur les réseaux sociaux et lancement régulier de nouveaux services (brouillard anti-cambriolage, détection de mouvement autour du logement, protection des personnes en dehors du domicile…) : tous les moyens sont bons pour que la marque Verisure s’imprime dans l’inconscient du grand public.

Forcing en porte-à-porte

Mais surtout, alors que ses concurrents prospectent par téléphone et nouent des accords avec des distributeurs partenaires (banques, assureurs, fournisseurs d’accès à internet, etc.), Verisure mise, lui, sur une armée de commerciaux répartis sur tout le territoire.

Leur mission : se rendre chez les prospects dans le but d’y effectuer des « bilans sécurité », d’établir des devis et, évidemment, de faire signer des contrats et d’installer le matériel. Une partie de ces visites sont sollicitées par les particuliers eux-mêmes, après avoir vu un spot publicitaire par exemple. C’est ce que Verisure appelle les « rendez-vous marketing ». Néanmoins, la majeure partie du temps de ses collaborateurs est consacrée à la « vente directe » – en d’autres termes, à du porte-à-porte.

Les exigences élevées de Verisure rendent le métier difficile. Les nouveaux venus, souvent jeunes et peu expérimentés, doivent se contenter d’une formation de trois jours pour découvrir le matériel et les process avant d’être envoyés sur le terrain, sans réel accompagnement.

« On leur assigne des objectifs très ambitieux : quatre ventes le premier mois, six le suivant, huit le troisième. Et encore, ça, c’est au début. Beaucoup se rendent vite compte qu’ils seront obligés d’en réaliser entre 12 et 15 par mois s’ils veulent gagner correctement leur vie », constate Hamel Chaker, déléguée syndicale Sud Solidaires chez Verisure. « Afin d’atteindre les chiffres qui leur sont fixés, ils n’ont souvent pas d’autre choix que de travailler six jours par semaine, de 9 à 22 heures, et de faire du forcing pour que les particuliers signent », ajoute-t-elle.

Jugés au nombre de contrats signés

Selon la syndicaliste, la situation ne ferait qu’empirer, Verisure ayant tendance à revoir les volumes à la hausse et à baisser le montant des commissions. De plus, elle déplore la culture de la rentabilité qui y règne. « Beaucoup de managers ne jugent leurs commerciaux qu’au nombre de contrats obtenus, à tel point que certains sont humiliés devant l’équipe quand ils n’effectuent pas assez de ventes ou se voient retirer des contacts clients dès lors qu’ils ont eu l’audace de refuser un rendez-vous tard le soir ou un jour férié », souligne-t-elle.

Conséquence ? Une bonne partie des vendeurs quittent le groupe plus tôt qu’ils ne l’avaient imaginé au départ, soit de leur propre chef, essorés par la pression, soit poussés vers la sortie, faute de performances satisfaisantes. Pour compenser ce turnover important, Verisure recrute à tout va.

Partout, les offres d’emploi de commercial fleurissent, avec de belles promesses à la clé, telles qu’une « formation complète ouverte à tous, quels que soient sa formation ou son diplôme », un « accompagnement des commerciaux au quotidien », une « rémunération mensuelle de 2 500 à plus de 4 500 € brut », ou encore des avantages séduisants comme la voiture de fonction, le prêt d’un smartphone et la possibilité, s’agissant des meilleurs vendeurs, de gagner des cadeaux ou des voyages, ce qui est bien loin de la réalité.

De gros enjeux pour l’avenir

Recrutement à tour de bras, budget marketing démesuré, pression sur les commerciaux, rétention à tout prix… la machine Verisure avance à plein régime ! Et, sur le papier, ça marche. Au premier trimestre 2026, la firme annonçait encore des résultats « historiques, au-delà des attentes », poussés par un marché florissant, en hausse de 10 % par an en moyenne, que rien ne semble pouvoir réfréner.

Cet attrait des Français pour la télésurveillance s’explique notamment par l’évolution du matériel, toujours plus perfectionné et plus facile à poser, ainsi que par la diversification des services proposés (détection incendie et inondation, assistance aux personnes fragiles, sécurisation des individus en dehors du foyer…).

Enfin, si le nombre de cambriolages demeure stable, le sentiment d’insécurité, lui, ne cesse de croître, dopé par la montée des incivilités et la mise en lumière de nouvelles formes de délinquance comme les home-jackings, les kidnappings et les demandes de rançon. L’avenir de ce secteur est d’autant plus radieux qu’avec seulement 8 % des ménages équipés, la France accuse un retard par rapport au reste de l’Union européenne (15 %) et aux États-Unis (25 %). Verisure l’a bien compris et espère conquérir un maximum d’autres clients.

Faut-il craquer pour la télésurveillance ?

Le choix d’un système de protection dépend de nombreux critères, au premier rang desquels la valeur des objets à surveiller. Si celle-ci est faible, le nombre d’accès à votre logement, limité, et l’environnement, plutôt urbanisé, des caméras et/ou une alarme indépendante peuvent suffire.

Autre piste : investir dans des systèmes de protection tels que des volets, une porte blindée, un allumage automatique des lumières, etc. Et si la télésurveillance s’avère la solution la plus adaptée, prenez le temps de multiplier les devis et comparez les offres avant de vous engager.

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